Semez le doute, il en restera toujours quelque chose …

Une chercheuse américaine dénonce le scepticisme malsain d’une poignée de scientifiques américains qui réfutent la dangerosité du tabac, le changement climatique et l’origine du trou dans la couche d’ozone.
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« Cette stratégie est terriblement habile et efficace. Elle part de quelque chose qui est essentiel en science – un scepticisme sain, une forme de curiosité – et elle le retourne contre elle », explique à l’AFP Naomi Oreskes, chercheuse et professeur d’histoire des sciences de la Terre à l’Université de Californie, à San Diego.

Les marchands de doute

Dans les « Les marchands de doute » qui vient d’être traduit en français (Le Pommier), elle décortique la stratégie de ces « experts » qui « n’offrent ni nouvelles idées, ni nouvelles données, ni nouvelles preuves » et dont l’influence se fait sentir à partir des années 50 aux Etats-Unis après la publication des premières études reliant tabagisme et cancer.

« Notre produit, c’est le doute », titrait un mémoire rédigé en 1969 par l’un des dirigeants de l’industrie du tabac qui mena, financements massifs à l’appui, une longue campagne visant à persuader l’opinion que l’impact de la cigarette sur la santé n’était pas établi.

Ces puissantes firmes s’appuyèrent sur un petit groupe de scientifiques « très influents » en raison de leur rôle central durant la Guerre froide, qui usèrent de leur autorité « pour propager leurs idées sur des sujets très éloignés de leurs domaines de compétence ».

Des scientifiques de mauvaise foi ou influencés ?

Pourquoi ces chercheurs bardés de prestigieux diplômes, respectés et reconnus, décidèrent-ils, à un moment, d’adopter une telle posture ?

« Certains ont reçu de l’argent, directement de la part d’une industrie ou indirectement grâce à des intermédiaires », explique Naomi Oreskes. « Mais je ne pense pas que l’argent soit la principale motivation », ajoute-t-elle, mettant en avant « une sorte de mixture toxique d’idéologie, de narcissisme et de ressentiment ».

Les médias amplifient ce phénomène

L’universitaire ne mâche pas ses mots contre les médias qui, « année après année », ont continué à citer ces « experts » quand leurs opinions, « l’une après l’autre, ont été invalidées » par la communauté scientifique.

« Il est normal de présenter des points de vue minoritaires mais il faut qu’ils soient présentés comme tels! ». Or, sur le tabac comme sur le climat, ils ont « très souvent été présentés comme s’ils avaient le même poids, étaient soutenus par le même nombre de gens ».

N’est pas Einstein qui veut

Une partie du succès de cette stratégie réside aussi, décrypte-t-elle, dans l’idée, solidement ancrée dans l’imaginaire collectif, que les avancées en science sont le fruit d’individus géniaux et isolés nageant à contre-courant.

« Il existe un mythe romantique auquel les Américains sont particulièrement sensibles construit autour de quelques rares personnages dans l’histoire de la science, comme Albert Einstein ».

« Or aujourd’hui, si nous pouvons dire « oui, le changement climatique est en cours », ce n’est pas seulement grâce une idée émise par Svante Arrhenius (chercheur suédois qui, au début du XXe siècle, attira l’attention sur le lien entre rejets de CO2 dans l’atmosphère et réchauffement climatique) mais grâce à l’énorme travail scientifique collectif qui a été fait depuis ».

Le doute est salutaire, martèle Naomi Oreskes, mais poser des questions ne signifie pas se réfugier dans une sorte de « cynisme corrosif généralisé ».

AFP via RTBF info

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