Première centrale britannique équipée d’une unité de capture et de stockage de CO2

Première centrale britannique équipée d’une unité de capture et stockage du carbone

http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/68871.htm

Le 30 novembre dernier, Chris Huhne, Ministre de l’énergie et du changement climatique (Secretary of State for Energy and Climate change, DECC), a inauguré la première centrale électrique britannique équipée d’un système de capture et stockage du carbone (CSC).

Si quelques équipements de test et de démonstration avaient, jusque là, été construits au Royaume-Uni, cette fois-ci il s’agit d’une centrale électrique opérationnelle, située à Ferrybridge (Yorkshire), appartenant à la compagnie électrique Scottish and Southern Energy (SSE) qui voit les fumées issues de la combustion du charbon traitées pour retirer le carbone qu’elles contiennent.

C’est une petite victoire pour l’industrie du CSC qui fait face à une sérieuse remise en cause du soutien gouvernemental à ces technologies. En effet, la veille, le Chancelier de l’Echiquier (ministre des finances), George Osborne, avait annoncé la suspension du financement de 1 Md£ promis (depuis près de cinq ans) au vainqueur d’un concours destiné à construire une centrale pilote opérationnelle et intégralement équipée pour capturer et stocker le carbone. Après l’abandon d’un autre projet à la station de Longannet (Ecosse), le Ministre du Trésor, Dany Alexander, avait précisé que ce financement pourrait ne pas être disponible avant le prochain parlement, c’est-à-dire après 2015. Ces propos ont rapidement fait l’objet d’une clarification et le financement devrait bien être rendu disponible. Gregory Barker, Secrétaire d’Etat au DECC, a néanmoins précisé que la forme et les conditions sous lesquelles ces fonds seront débloqués feront sans doute l’objet d’une révision. L’abandon du projet de Longannet, qui était le plus avancé et que beaucoup regardaient comme le vainqueur probable du concours, ne laisse que des projets bien moins avancés, ce qui pourrait en effet encourager le gouvernement à retarder l’attribution de ce financement.

Cette centrale de Ferrybridge, conçue et construite par Doosan Power Systems en collaboration avec le suédois Vattenfall, ne captura les émissions de CO2 équivalentes qu’à 5 MW, c’est-à-dire une petite fraction des 2.000 MW de la puissance installée de la centrale. C’est cependant 50 fois plus que ce qui avait été réalisé jusqu’à maintenant dans le pays. De plus, si le carbone sera capturé, il ne sera pas stocké, car l’objet de ce système pilote est uniquement de démontrer la faisabilité économique de l’étape de piégeage du carbone. Le projet, nommé CCSPilot 100 +, et qui doit durer un an, vise à capturer 100 tonnes de CO2 par jour et ainsi démontrer la performance de la technologie utilisant un composant aminé pour piéger les molécules dans le flux même des fumées émises en sortie de la zone de combustion. Les chercheurs espèrent pouvoir ainsi récupérer 90% du CO2.

Le gouvernement, qui a injecté 6,3 M£ dans le projet (avec le Technology Strategy Board, TSB – Conseil stratégique pour l’innovation – et l’agence de développement Northern Way, sur un total de 21 M£), a indiqué par la voix de Chris Huhne que « cet investissement sera très précieux dans le cadre du déploiement commercial à grande échelle du CSC en réduisant les incertitudes, tirant les coûts vers le bas et en développant la chaîne des fournisseurs au Royaume-Uni ainsi que les compétences ».

En effet, depuis plusieurs années, le gouvernement met en avant la technologie de CSC comme une composante clef de sa stratégie pour réduire les émissions des gaz à effet de serre (GES) du Royaume-Uni et atteindre ses objectifs très ambitieux d’émissions réduites de 80% d’ici 2050, par rapport à celles de 1990. Alors que le pays va devoir faire face à une réduction importante de ses capacités de production électrique d’ici 2030 (fermeture des anciennes centrales au charbon et nucléaires) et une hausse de la demande (électrification des transports et du chauffage domestique), le gouvernement fait reposer une grande part de sa stratégie de sécurité énergétique sur le développement des énergies renouvelables comme l’éolien en mer. Mais ces énergies produisant de manière intermittente, il est nécessaire de construire en parallèle des centrales plus conventionnelles, en particulier au gaz, qui ne pourront être suffisamment propres que si elles sont équipées de technologies de CSC. Ce qui fait qualifier ces technologies de « critiques pour les objectifs du Royaume-Uni en matière de lutte contre le changement climatique et de sécurité énergétique » par le PDG de SSE, Ian Marchant.

De son côté, l’association de soutient au CSC, CCS Association, souligne que le pays qui est pionnier dans ces technologies bénéficiera de l’avantage d’être le premier sur le marché et pourra exporter ses compétences et technologies au niveau mondial. Elle estime ainsi que 100.000 emplois pourront être créés au Royaume-Uni dans ce secteur d’ici 2030. Le Royaume-Uni bénéficie déjà de réels avantages grâce à l’exploitation du gaz et du pétrole en mer du nord. En effet, les technologies employées pour injecter le carbone capturé en sortie des centrales électriques, sont très proches de celles de l’industrie pétrolière. Le pays dispose des infrastructures pour accéder aux puits de la mer du Nord et remplacer le pétrole et le gaz déjà exploités, tout en assurant la reconversion de ces champs pétroliers et de l’industrie associée dont le déclin devrait se faire fortement sentir dans les toutes prochaines décennies.

Pourtant, les récentes déclarations du ministère des finances laissent craindre une remise en cause du soutien du gouvernement au développement de ces technologies, ce qui pénaliserait fortement l’avance que le pays avait pu prendre dans ce domaine. En effet, ces technologies sont encore loin d’atteindre un niveau qui autorise leur commercialisation et les incertitudes sont nombreuses. Un financement public de la R&D sur le long terme est donc nécessaire. En cette période de crise, il semble que les objectifs ambitieux du gouvernement de coalition, qui avait placé la croissance verte au coeur de sa politique, n’échappent pas à la réalité d’une situation économique difficile et des budgets toujours aussi contraints.

Les Technologies de capture et stockage du carbone (CSC) permettent, en thérorie, de capturer jusqu’à 90% des émissions de CO2 des industries et centrales électriques. Elles comprennent le piégeage, le transport et l’enfouissement du carbone afin d’éviter qu’il ne contribue à l’effet de serre.

Il existe trois techniques principales : l’extraction du carbone au niveau postcombustion utilise des procédés chimiques pour piéger le CO2 présent dans les fumées ; les techniques précombustion convertissent le charbon en gaz dé-carboné (hydrogène principalement) ; enfin, la méthode dite Oxyfuel, consiste à brûler le combustible en présence d’oxygène liquide afin que les gaz produits par la combustion soient quasi exclusivement composés d’eau et de CO2, alors plus simple à extraire. Une fois le CO2 capturé, il est liquéfié et transporté, sur parfois de très longues distances, avant d’être injecté en sous-sol dans des formations géologiques stables, des aquifères salins profonds, ou d’ancien réservoirs de pétrole ou de gaz (où il peut alors servir à prolonger la durée de vie de champs en déclin).

Cependant, les technologies de CSC sont coûteuses. Ainsi, les chercheurs estiment que de 16% à 40% de l’énergie produite par une centrale pourrait servir à capturer et stocker le carbone. Equiper des centrales existantes pourrait coûter 1 Md£ par centrale et le réseau de transport du CO2 liquide, 1 M£ par mile construit. De plus, le stockage fait l’objet de controverses quant à sa dangerosité potentielle sur le long terme, la stabilité de grands réservoirs de CO2 souterrains est mal comprise. Si tous les composants de la chaîne de CSC existent et sont utilisés depuis des décennies par les industries chimique et pétrolière, l’intégration reste encore peu expérimentée jusqu’à maintenant : seul un petit projet au nord de l’Allemagne, Vatenfall Schwarze Pump, a connecté tous ces composants de la chaîne en générant 30 MW de chaleur et 12 MW d’électricité avec une technologie d’Oxyfuel, et un projet pilote à Lacq, dans les Pyrénées françaises.

Sources :

– The Guardian, 30/11/2011, http://redirectix.bulletins-electroniques.com/CknlK
– Business Green, 30/11/2011, www.businessgreen.com/bg/news/2128989/huhne-uk-s-ccs-plant
– The Guardian, 5/09/2011, http://redirectix.bulletins-electroniques.com/NRvnf
– The Guardian, 28/11/2011, http://redirectix.bulletins-electroniques.com/tuSLV

Rédacteurs :

Olivier Gloaguen

Origine :

BE Royaume-Uni numéro 113 (23/01/2012) – Ambassade de France au Royaume-Uni / ADIT – http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/68871.htm
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